Article invité: Un plan pour résoudre les mystères des vastes tourbières du Congo

Le passé: pourquoi les tourbières se sont-elles formées?
La datation radiocarbone de la tourbe – jusqu’à cinq mètres sous la surface – a révélé que les tourbières ont commencé à se former il y a près de 10 000 ans, après le retrait de la dernière glaciation, quand l’Afrique centrale est devenue plus chaude et plus humide. En nous basant sur cette découverte initiale, nous reconstituerons laborieusement la végétation passée de la région en prenant des carottes de tourbe et en utilisant les vieux grains de pollen piégés là-dedans. Sous la direction du Dr Ian Lawson de l’Université de St Andrews, l’analyse du pollen nous permettra de comprendre la formation initiale des tourbières et les changements qu’elles ont subis. Prof Susan Page et Dr Arnoud Boom de l’Université de Leicester poursuivront des analyses supplémentaires des « indicateurs », telles que la composition chimique de la cire présente sur la surface de feuilles partiellement décomposées et préservées dans la tourbe. Ces indicateurs fournissent un bilan des changements des températures et des taux de précipitation au cours du temps, ce qui nous permettra de reconstituer le climat passé de la région. Ces recherches nous permettront de découvrir comment les changements de températures et des taux de précipitation dans le passé ont affecté l’accumulation ou l’émission du carbone dans les tourbières. Nous pourrons également comprendre dans quelle mesure les tourbières resteraient stables face aux conditions climatiques actuelles et futures.Le présent: comment fonctionnent-elles les tourbières aujourd’hui?
Afin de mieux protéger et de bien gérer les tourbières, nous devons connaître la localisation précise de la tourbe, la quantité de carbone stockée par les tourbières et le rôle qu’elles jouent au sein de l’écosystème des forêts tropicales. Nous pourrons cartographier la répartition de différents types de végétation en utilisant des satellites, mais comme cette méthode ne détectera pas la tourbe directement, des données sur le terrain seront essentielles. Avec nos partenaires des deux Congo, Dr Suspense Averti Ifo de l’Université Marien N’gouabi, République du Congo, Dr Corneille Ewango de l’Université de Kisangani, République démocratique du Congo, et Dr Mark Gately de WCS Congo, nous entreprendrons une série d’expéditions à travers la région entière afin de prélever des échantillons de tourbe et d’estimer son épaisseur et sa teneur en carbone. Sous la direction de la Dr Greta Dargie de l’Université de Leeds, l’équipe mettra des semaines à voyager en bateau et à pied, se hasardant au cœur des tourbières, tout en évitant les crocodiles nains endémiques, pour cartographier la végétation marécageuse de la tourbe, mesurer l’épaisseur de la tourbe et renvoyer des échantillons de tourbe aux laboratoires du Royaume-Uni.
Glossaire
Le carbone comparé au CO2: Les termes le carbone et le CO2 s’utilisent souvent de façon interchangeable, mais une différence importante existe. Le carbone est un élément alors que le CO2 est un composé qui regroupe un… Read More
Le futur: les tourbières sont-elles stables?
Afin de faire des projections relatives au futur des tourbières, nous devrons utiliser des modèles. Nous utiliserons les mesures effectuées par l’équipe de recherches afin de développer une version congolaise de DigiBog, un modèle qui simule le développement des écosystèmes des tourbières. Sous la direction du Prof Andy Baird de l’Université de Leeds, DigiBog montrera la « croissance » ou la « destruction » des tourbières selon l’entrée de données, telles que la quantité de carbone qui s’ajoute au sol provenant des matières végétales mortes et du taux de décomposition de celles-ci. Nous pourrons utiliser le modèle à simuler le déboisement, ce qui nous permettra d’évaluer l’effet de l’exploitation forestière sur le stock de carbone présent dans la tourbe. On pourrait également creuser des canaux virtuels de drainage, afin d’estimer la quantité de carbone qui sera rejetée dans l’atmosphère si la tourbe subit un drainage pour une plantation d’huile de palmier, par exemple. Cependant DigiBog n’est pas adapté à l’usage au sein de modèles climatiques à l’échelle mondiale. Pour les réaliser, nous devrons nous associer aux efforts mondiaux de modélisation qui sont en cours. Nous améliorerons le modèle communautaire britannique de la surface des terres mondiales, appelé JULES (Joint UK Land Environment Simulator) de façon qu’elle intègre les tourbières tropicales. Ce travail sera conduit sous la direction du Prof Richard Betts de l’Université d’Exeter et du Hadley Centre du Met Office (le service officiel de la météorologie au Royaume-Uni). Cela nous permettra d’examiner la manière dans laquelle les tourbières congolaises répondront à d’éventuels futurs scénarios climatiques. Ainsi nous pourrons répondre à la question fondamentale: ces tourbières sont-elles un nouveau point de déséquilibre au sein du système terrestre?Liens à la politique
L’ambition de notre projet, CongoPeat, est de mettre à disposition des décideurs et de la société civile des informations opportunes dans un format qui leur est utile. Dr Lera Miles, du Centre mondial de surveillance continue de la conservation de la nature (UNEP World Conservation Monitoring Centre), mènera un projet qui a pour objectif de présenter nos résultats scientifiques en langage accessible à ceux qui s’occupent de la protection et de la gestion des tourbières. Cette étape très importante de notre projet s’effectuera avec le soutien continu d’organisations internationales telles que l’Initiative mondiale sur les tourbières, les gouvernements des deux pays, la République du Congo et la RDC, WCS Congo et les communautés vivant aux environs des tourbières, ce qui devrait garantir que notre travail laisse un héritage positif et durable.Article information
Traduction de « Guest post: A plan to solve the mysteries of Congo’s vast tropical peatland » par Helen Plante.